31 janvier 2007
Ville et vie urbaine


Marcel Duchamp, Air de Paris, 1919
Airs de Paris
Le Centre Pompidou fête ses 30 ans avec Airs de Paris, une vaste
exposition pluridisciplinaire réunissant soixante-treize artistes et
créateurs contemporains (paysagistes, designers et architectes). Le
titre de l'exposition fait référence à l'œuvre Air de Paris de Marcel Duchamp, dont la rétrospective a inauguré l'ouverture du Centre en 1977.
L'exposition présente, en deux volets, des œuvres de 1970 à nos jours
autour des thèmes conjoints de la ville et la vie urbaine. Cette
réflexion prend Paris pour point de convergence, que les artistes et
créateurs de l'exposition y aient résidé, travaillé, ou qu'ils aient
des projets lui étant associés. Un nombre important de commandes et
productions inédites ont été spécialement conçues pour l'occasion.
Le volet consacré à l'art est organisé en dix thèmes qui
explorent, à travers les yeux des artistes, aussi bien les mutations
technologiques, économiques et sociales de la ville, que les nouvelles
communautés et cultures urbaines ou les nouvelles perceptions de
l'espace et du temps qui en découlent. L'exposition aborde les
problématiques de la société du risque et de l'écologie urbaine et
avance des réponses aux questions sur la place de l'individu et de sa
redéfinition dans l'espace urbain.
Parmi les artistes présentés figurent notamment ceux ayant une relation
importante avec l'histoire du Centre comme Marcel Duchamp, Gordon
Matta-Clark, Chris Marker, Gérard Gasiorowski ou Raymond Hains. Sont
également exposées les nouvelles productions de Tatiana Trouvé, Carsten
Höller, Stéphane Calais, Jean-Luc Moulène, Daniel Buren, Saâdane Afif,
Dominique Gonzalez-Foerster ou Nan Goldin, entre autres.
Le volet architecture, design, paysage et urbanisme, propose au visiteur un espace scénographique hélicoïdal allant du sol d'un parking jusqu'à celui de Mars.
Quatre chapitres structurent ce volet et esquissent une représentation
des imaginaires contemporains de la métropole, aujourd'hui et à venir,
avec des oeuvres de Patrick Blanc, Ronan et Erwan Bouroullec, Campement
Urbain, Gilles Clément, Didier Fautino, Zaha Hadid, HeHe, Bruno Latour,
Jasper Morrison, Philippe Rahm.
C'est dans ce mouvement dynamique, du centre urbain vers la périphérie,
du sol vers l'atmosphère, que se jouent les rapports entre l'ici et
l'ailleurs, entre le paysage intérieur de l'âme humaine et l'univers.
L'exposition dessine ainsi un itinéraire prospectif à la rencontre des
enjeux actuels de recherche et de création dans l'architecture, le
paysage et le design et tisse des associations thématiques et des
correspondances ludiques.
Centre Georges Pompidou
Du 25 avril au 15 août 2007
11h00 - 21h00
Peau de la ville
L' Etranger dans la Ville
Du rap au graff mural
Paris, 1999, PUF, col. Sociologie d'aujourd'hui 
Préliminaires
Communauté, Etat, Nation, Patrie
L'Étranger et la relégation : citoyenneté ou nationalité
Terre, terrain, terroir, territoire, territorialité
L'école de Chicago et la notion dÌécologie urbaine
L'errance dans la Ville
La proximité dans la distance
L'Étranger et l'échange urbain
La mobilité et l'objectivité
Le Juif errant : le nomadisme
Le rap et la figure de la relégation
Bref historique du rap
Le rap comme glossolalie et logorrhée urbaine
Le graff mural : cicatrice ou peau de la Ville ?
Historique du tag et du graff
Tag et délire graphomanique
Le traitement social du tag : le cas RATP
Conclusion
2004. " Les expressions graffitiques : peau ou cicatrice de la Ville ? " in Villes, revue Prétentaines, Université de Montpellier, numéro 16/17 coordonné par J-M. Brohm et Magali Uhl, Hiver 03/04
30 janvier 2007
Conseil Régional Rhône-Alpes, le 29 janvier 2007
L’Atelier
de Portzamparc a été retenu pour la réalisation du futur siège du
conseil régional de Rhône-Alpes. Le projet lauréat unifie les fonctions
et s’intègre au site. La simplicité des espaces intérieurs,
l’adaptabilité et l’évolutivité des plateaux ont séduit le jury.
Jean-Claude Kaufmann
Jovial, direct, souriant,
Jean-Claude Kaufmann n’est pas du genre à faire du chichi ou
à se prendre la tête, non, c’est un sociologue qui ne
cultive guère le look de l’intello tourmenté. Son
impressionnante moustache l’apparenterait davantage à un
bateleur, un artiste de rue ou de cirque, un dompteur peut-être
? Mais un dompteur qui opérerait tout en douceur, sans jamais
forcer la main, sans menacer du fouet. Qui dompterait quoi ? La
sociologie pardi ! Celle des classements imposés, des
catégories strictes, des enquêtes types, des notions
déposées, des théories définitives afin
de les ouvrir à l’inattendu, au différent, au
marginal, à tout ce que la vie sociale produit comme cela,
sans nécessairement l’instituer, l’officialiser, le
normer. Il ne conteste pas la sociologie savante, universitaire, bien
au contraire il utilise ses méthodes, ses outils, ses notions,
mais pour une fin double : rendre intelligibles des situations
sociales et individuelles rarement – ou pas suffisamment –
étudiées, et réorienter la théorie en
fonction de ces observations. C’est cela qu’il nous explique,
avec une passion communicative… Jean-Claude Kaufmann est un
chercheur heureux.
par Thierry Paquot, 9 juillet 2004.
Théorie et terrain
L’entretien compréhensif
KAUFMANN Jean-Claude ; DE SINGLY
François
Ed Armand Colin,1996, Réd 2006. 127 p.
Jean-Claude Kaufmann présente au lecteur sa propre méthode,
celle utilisée pour étudier le corps, l’action
ménagère, le couple à travers son linge ou le
premier matin… Méthode a priori molle, empiriste,
subjective, bref suspecte, l’entretien compréhensif doit,
selon l’auteur, retrouver sa place au sein d’une sociologie qui,
entre expertise et abstraction théorique, se serait perdue
dans « l’industrialisation de la production de
données ».
Face aux reproches qui sont souvent adressés à
l’entretien compréhensif, Jean-Claude Kaufmann le défend
sur tous les fronts. De façon critique, il met en avant les
limites de la place accordée trop souvent aux entretiens dans
le dispositif de recherche : ils sont soit des supports
exploratoires, soit une simple technique de recueil de données.
Dans les deux cas, l’entretien est perçu comme devant être
impersonnel, standardisé et surtout neutre pour éviter
toute interférence avec le chercheur. Or la richesse du social
implique, si le chercheur souhaite s’en saisir, une méthode
qui fait surgir cette complexité. À un niveau
théorique, l’auteur précise que cette méthode,
si elle est utilisable quelle que soit la théorie, est
cependant particulièrement attachée aux courants qui
mettent en avant la notion de construction sociale de la réalité.
L’individu et le subjectif font partie intégrante de cette
construction. La sociologie doit alors se donner pour objectif de
comprendre le savoir social incorporé par les individus, d’où
une méthode au service de ce travail sociologique.
Mais,
nous précise l’auteur, le travail sociologique ne s’arrête
pas là, puisque l’entretien compréhensif s’inspire
d’une conception davantage wébérienne que diltheyenne
de la compréhension –les individus n’étant pas
de simples porteurs de structures mais surtout des acteurs, des
producteurs de social –ils doivent livrer le sens de leurs actions,
que le chercheur doit interpréter et expliquer.
L’entretien
compréhensif est donc présenté comme une méthode
d’explication compréhensive du social. D’où la
réflexion de l’auteur sur la relation particulière
qu’il envisage entre méthode, théorie et terrain.
Cette relation est basée sur les principes de la grounded
theory : l’entretien compréhensif est une procédure
qui doit produire de la théorie, mais le terrain est la source
de la problématisation. La méthode devient alors
l’outil qui permet l’articulation entre les observations et la
théorie, les modèles émergeant de la réalité
observée et étant sans cesse confrontés à
cette réalité. Cette sorte d’instabilité,
souvent reprochée, de la problématisation nécessite
une très grande rigueur dans l’application de la méthode
et dans le déroulement de la recherche. L’auteur nous livre
ainsi ses recettes : de l’utilisation des lectures théoriques
jusqu’aux attitudes du chercheur, en passant par l’élaboration
première d’un plan, de fiches, d’une grille de questions,
et même des conseils de rédaction ! Mais ces
conseils, ces outils et même cette méthode lui restent
totalement propres. Finalement, J.-C. Kaufmann invite les jeunes
sociologues à l’imagination, à l’inventivité,
en les incitant cependant à faire preuve d’une grande
honnêteté intellectuelle et d’une grande rigueur dans
leur travail de recherches.
La question de la validité
scientifique des résultats obtenus subsiste puisque, pour
l’auteur, le modèle théorique présenté
soit se valide en interne (par sa cohérence et sa saturation),
soit sera jugé dans le long terme, soit enfin, doit être
complété par d’autres instruments de validation
(autres travaux, techniques quantitatives…).
Note de lecture rédigée par Sandrine
Benasé-Rebeyrol,
Professeur de SES, au lycée
M.-Sorre à Cachan
Effets de quartier
Le quartier
Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales
Un ouvrage sous la direction de Jean-Yves Authier, Marie-Hélène
Bacqué et France Guérin-Pace
Ed La Découverte,
2007, coll. Recherches
À l’ère de la mondialisation, la ville
contemporaine se reconfigure. Les rapports que les citadins
entretiennent à l’espace et au monde social se
transforment : les mobilités urbaines s’accélèrent ;
les relations sociales se développent en réseaux
déterritorialisés. Pour autant, les formes d’ancrage
local et les pratiques de proximité ont-elles disparu ?
Le quartier existe-t-il encore aujourd’hui ? Quelles
recomposi-tions observe-t-on dans les rapports au quartier - et à
la ville - des citadins ? La notion de quartier reste-t-elle
utile à la compréhension des phénomènes
sociaux sociaux et urbains ? Telles sont les questions traitées
dans cet ouvrage qui interroge la construction de la notion de
quartier dans les sciences sociales, son utilisation dans les
politiques urbaines et sa consistance dans les pratiques des
habitants et les identités citadines. Réunissant des
contributions théoriques et des études empiriques
réalisées dans différents contextes urbains, en
France et à l’étranger, cet ouvrage constitue à
la fois un outil de réflexion et un bilan critique des travaux
sur le quartier, et sur les « effets de quartier ».
Jean-Yves Authier est professeur de sociologie à
l’université Lumière-Lyon-2 et directeur adjoint du
Groupe de recherche sur la socialisation (GRS-CNRS). Marie-Hélène
Bacqué est professeure de sociologie à l’université
d’Évry et membre du Centre de recherche sur l’habitat
(CRH-UMR LOUEST). France Guérin-Pace est géogra-phe à
l’Institut national d’études démographiques (INED)
et chercheuse associée à l’UMR-Géographies-cités.
Avec des contributions de : Barbara Allen, Athanase Bopda, Guénola Capron, Yankel Fijalkow, Sylvie Fol, Yves Grafmeyer, Michel Kokoreff, Anne-Lise Humain-Lamoure, Sonia Lehman-Frisch, Sylvie Mazzella, Françoise Na-vez-Bouchanine, Catherine Neveu, Pascale Philifert, Thierry Ramadier, Damaris Rose, Anne-Marie Séguin, Xavier de Souza Briggs, Sylvie Tissot et Licia Valladares.
Corps et précarité

Quand on n’a plus que son corps
Gisèle Dambuyant-Wargny
Paris, Armand Colin, 2006
Soin et non-soin de soi en situation
de précarité
Etre SDF, RMIste, domicilié précaire, ne plus avoir d'existence
sociale reconnue : des centaines de milliers de nos concitoyens
subissent des situations dont le point commun est qu'ils n'ont plus
qu'une seule et ultime ressource, leur propre corps. Mesure-t-on
réellement ce que cela signifie ? Non. Parce qu'il faut le vivre pour
le savoir, et aussi parce que cela fait trop peur. N'avoir que son
corps, c'est devoir tout miser sur lui. C'est l'inscrire, et soi-même
avec, dans une trajectoire impitoyable : fonctionnement en "sur-régime"
constant, surexploitation, surexposition… entraînant au final, des
dégradations irréversibles. Quid alors des "projets d'avenir" ? Gisèle
Dambuyant-Wargny a enquêté. Par son approche sociologique, elle
dissèque ces logiques de "gestion" du corps précaire que notre société
et les divers professionnels ne prennent peut-être pas assez en compte.
Préfacé par Georges Vigarello, cet ouvrage éclaire de manière plus
générale le corps aujourd'hui : ici, des corps surexploités pour
survivre, là des stratégies pour satisfaire aux exigences de
performance. Partout, une certaine misère.
Gisèle Dambuyant-Wargny est sociologue, enseignant-chercheur dans le
champ de la précarité et du travail social.
29 janvier 2007
Ville postmoderne
City of quartz
Los Angeles, capitale du futur
Mike
DAVIS
Traducteurs Michel DARTEVELLE, Marc SAINT-UPÉRY
City of
quartz - traduit de l'américain
Ed La découverte poche, Août 2006
Rythmé par un va-et-vient
permanent entre culture et société, entre réel
et imaginaire, entre passé et présent, City of
Quartz explore le destin de Los Angeles à travers son
urbanisme et son architecture, ses élites politiques et
économiques, ses intellectuels et ses artistes, sa police et
sa multiethnicité. Pétrie de mythes hollywoodiens et de
contradictions écologiques et sociales, la mégapole
L.A. y est décrite comme le prisme grossissant permettant de
saisir certaines tendances lourdes de la société
américaine : privatisation grandissante des espaces publics,
séparatisme fiscal et résidentiel des possédants,
polarisation sociale et économie de la drogue, développement
des dispositifs de sécurité et de surveillance.
Paradigme de l'Extrême-Occident, Los Angeles nous parle aussi
des virtualités de notre avenir social et urbain. Ce livre est
désormais un classique de la sociologie urbaine, mais aussi un
ouvrage profondément original s'adressant à un public
plus large que les spécialistes des problèmes urbains
et déployant une gamme étonnante de ressources
intellectuelles et esthétiques. Tout autant qu'une synthèse
créative de la tradition de l'École de Chicago et de la
théorie critique d'origine européenne, cette œuvre
inclassable est à la ville postmoderne ce que Paris,
capitale du XIXe siècle de Walter Benjamin est
au monde de Haussmann et de Baudelaire.
Panoptisme urbain
Contrôle urbain
l'écologie de la peur
Mike davis
Ed : Ab Irato, 1997
épuisé
D'abord, la fontière entre architecture et maintien de l'ordre s'est mieux effacée.
Ensuite
la surveillance vidéo des zones rénovées du centre a été étendue aux
structures de parking, aux allées privées, aux plazas, etc.
Enfin,
les grands immeubles deviennent de plus en plus sensibles et engrangent
une puissance de feu mortelle de plus en plus grande.
Quand tout le reste aura échoué, l'immeuble intelligent se transformera en un mélange de bunker et de base d'attaque.
Ecologie de la peur

Au-delà
de Blade Runner,
Los Angeles et l’imagination du désastre
Mike Davis
Ed. Allia, 2006
150 pp., 6,10 €.
Beyond Blade Runner Traduit de l'anglais par Arnaud Pouillot, constitue le chapitre 7 de Ecology of frear publié en 1998.
Une courte et incisive étude sur Los Angeles, épouvantable laboratoire urbain et social des mégalopoles futures…
Mike
Davis s’était fait connaître il y a quelques année avec la publication
d’une étude stupéfiante (City of quartz, La Découverte, 2000), où
l’auteur analysait le devenir sécuritaire et la ségrégation sociale et
raciale à l’oeuvre dans le déploiement sans fin de la métropole de Los
Angeles. Ici, dans un texte court et incisif (en réalité un long
chapitre tiré d’une vaste étude sur « l’écologie de la peur » - Ecology
of fear, Metropolitan Books, 1998), l’essayiste, sur un mode très libre
qui navigue entre la sociologie, l’urbanisme, la philosophie et la
critique culturelle, s’intéresse de manière toujours plus aigue au
devenir de LA. Rejetant l’imaginaire cinématographique de la ville,
dont Blade Runner de Ridley Scott offre le paragon en nous décrivant
une cité en proie au chaos social et à la violence, Mike Davis montre
qu’au contraire, c’est bien plutôt la « bunkerisation » des couches
ethniques et sociales de la société qui sont à l’origine du désastre
politique et urbain de la ville des anges… Vidéosurveillance,
ghettoïsation raciale, sécurité privée, guerre permanente de « basse
intensité » sont les maîtres mots d’une étude vivante et brillante à
lire comme un cauchemar au présent.
Blade Runner, le film de Ridley Scott, a imposé la vision futuriste et apocalyptique d’un Los Angeles dévasté, livré au chaos. Ce que montre Mike Davis dans cet essai, c’est que le visage futur de la ville, dont tous les éléments sont déjà en place, sera à la fois moins spectaculaire et, en un sens, beaucoup plus effrayant. Véritable laboratoire social et urbanistique, Los Angeles offre d’ores et déjà le modèle vers lequel tendent les mégapoles modernes : destruction de toute mixité sociale par cloisonnement strict des populations dans des quartiers réservés, certains laissés à l’abandon et à la domination des gangs, tandis que les couches les plus aisées se “bunkerisent” grâce à la généralisation de la vidéosurveillance et des milices de sécurité privées. La ville vit désormais dans un état perpétuel de “guerre sociale de faible intensité”, susceptible à tout moment d’éclater, comme lors des émeutes provoquées par le tabassage de Rodney King. À la fois sociologique, urbanistique et politique, illustré de photos saisissantes, l’essai de Mike Davis, qui s’appuie autant sur des statistiques précises que sur son expérience personnelle, au-delà du cas de Los Angeles, offre un portrait saisissant de l’Amérique contemporaine et de l’évolution qui menace les sociétés occidentales.
