31 mars 2007
Explorer la ville

Corps en apesanteur
De
2004 à 2006, Denis Darzacq a concentré son travail
personnel sur la banlieue, d'abord en réaction contre
l'imagerie dominante et caricaturale de la “racaille”, puis en
développant, à partir de ses rencontres, une réflexion
sur le corps dans la ville.
Comme à son habitude, Denis
Darzacq a procédé par séries.
Il a
commencé à Bobigny, alternant portraits, scènes
de groupe, entrées d'immeubles dévastées, mais
aussi la présence, souvent étrange, de la nature dans
la ville. Ce travail, serein et digne, est accompagné de 29
courts vidéophones, tour à tour graves ou désopilants,
réalisés avec Geoffrey Sorin qui a filmé avec
son téléphone portable. La rencontre sur le terrain
avec Marie Desplechin a abouti au livre Bobigny centre ville qui rompt radicalement avec les visions superficielles de
la banlieue. Humain, tendre mais sans complaisance, l'ensemble nous
propose une immersion dans la ville et sa population, dans sa
diversité, dans ses moments d'intensité aussi bien que
d'ennui.
Comme une suite logique à cette exploration d'un
territoire périphérique, la série “La
chute” met en scène les corps en apesanteur de danseurs de
Breakdance, de Capoeira et de danse contemporaine. Très
pures, évitant aussi bien la pose habituelle du genre que la
description, ces photographies qui mettent en valeur la performance
physique dans sa perfection, mais aussi dans ses déséquilibres,
mêlent une incroyable énergie au sentiment de la
possible perdition. De fait, ces corps en apesanteur, qui ne sont
jamais accompagnés d'ombre portée, deviennent des
révélateurs de l'espace urbain.
La réunion
des deux séries est une proposition de rénovation du
traitement documentaire de questions contemporaines qui sont,
depuis toujours, au cœur de la réflexion de Denis Darzacq,
tout particulièrement la ville et le corps.
La finesse
du traitement de la couleur, la précision des cadrages, la
pertinence du choix des localisations assurent la cohérence
de l'ensemble, dans une belle tension entre engagement et
esthétique. Christian Caujolle
Galerie Vu
2, rue jules Cousin
75004 Paris
M° Bastille ou Sully Morland
Denis Darzacq 2004-2006
Du 16 mars 2007 au 05 mai 2007
Du Mercredi au Samedi
de 14 à 19 heures
Thermogram color

ALFRED
PASIEKA / SCIENCE PHOTO LIBRARY
Perte de chaleur
Heat
loss. Thermogram showing the distribution of heat over city
buildings. The colour coding ranges from yellow and red for the
warmest areas (greatest heat loss) through pink to purple and green
for the coolest areas (lowest heat loss). Typically roofs and windows
show greatest heat loss. Thermograms are often used to check
buildings for heat loss, so that they can be made more energy
efficient through improved insulation.
Enlarged
view / Download watermarked low-res (530 pixels) to disc
sciencephoto
Pro domo

Un os sur la place
Des passants regardent la sculpture de
l'artiste italien Gino De Dominicis, près du Dome à Milan : un
squelette de 24m de long, qui restera exposé pendant un mois.
30 mars 2007
Coup d'œil

L'échange des regards
Véronique Nahoum-Grappe
EHESS, Centre d'études transdisciplinaires sociologie, anthropologie, histoire
Terrain,
Numéro 30 - Le regard, mars 1998.
La réflexion proposée ici tente de décrire l'échange des regards entre
acteurs sociaux comme un événement spécifique qui joue un rôle
déterminant sur la scène sociale. A partir de textes essentiellement
littéraires (inscrits dans la culture française), on peut proposer une
définition sociologique du " croisement des yeux " dans l'espace
public. Le travail des " coups d'œil ", recherchés ou évités, tente de
renforcer les distances sociales qui sont la règle dans certains lieux
publics, dans notre société urbanisée. Croiser les yeux d'autrui peut
être une injure ou une élection selon le contexte; " ne pas être vu "
peut donc constituer soit un abandon soit une protection. Mais dans
tous les cas de figure, la rencontre des yeux implique un changement de
registre dans la communication, comme un appel à l'nvestir, au risque
de l'histoire inaugurée alors... suite
29 mars 2007
Genre et développement
Genre et développement
Expositions, projections de films ou tables rondes sont au programme du colloque « Genre et développement », qui entend réfléchir aux implications des rapports hommes-femmes dans les projets de solidarité internationale.
Ce sera l’occasion, pour les associations de solidarité internationale ainsi que de droits des femmes,
de se rencontrer, de partager leurs expériences et d’interpeller sur
les enjeux fondamentaux de l’égalité entre les hommes et les femmes
dans le développement économique et social aussi bien dans les pays
dits du Sud que ceux du Nord.
Deux jours d’échange pour lutter contre les discriminations liées au genre.
Les vendredi 30 et samedi 31 mars
Colloque régional organisé par le CRDTM
1, place Georges Lyon, Lille.
Réservations : 03-20-53-80-14
contact@colloquegenre.org
Ce matin, j'ai ville
À l’école de la
ville
"La vue seule d’une grande ville où,
sans vouloir rien apprendre, on s’instruit à chaque instant,
où, pour avoir connaissance de mille choses nouvelles, il
suffit d’aller dans la rue, de marcher les yeux ouverts, cette vue,
cette ville, sachez-le bien, c’est une école."
Jules Michelet, Le
Peuple, Flammarion, 1974, 1re édition, 1846
Martin, neuf ans : "Ce matin, j’ai ‘ville’. C’est écrit dans mon emploi du temps. On a aussi histoire-géo, français, maths, gym et plein d’autres cours. Mais pour ‘ville’, on n’a pas de manuel, on se promène." Une maîtresse de CE 2: "Au début, j’étais furieuse après le ministère, encore du travail en plus, et puis il faut se documenter, s’informer, et quoi ‘la ville’ ? Après les premières sorties, avec l’aide de parents, les enquêtes auprès des commerçants et la venue d’un architecte en classe, j’ai constaté à quel point tous les enfants étaient intéressés. Leur ville est un terrain d’aventures extraordinaire et chacun a une histoire à raconter... Et moi je peux y greffer n’importe quelle autre discipline, parler d’art, d’histoire, et surtout d’eux, de leur vie quotidienne...
" Un enseignant de CM 2 : "Ce matin, c’est ‘ville’, un cours que j’aime bien. Les exercices sont variés : un jour, je fais décrire aux élèves leur itinéraire quotidien, je leur demande de dessiner leur chambre, leur appartement, leur immeuble, puis les rues qu’ils parcourent avant d’arriver à l’école. Une autre fois, équipés d’un appareil photo, ils réalisent un reportage. Et puis, à l’aide de dictionnaires et d’encyclopédies, ils doivent retrouver les matériaux de construction des différents bâtiments qu’ils croisent en chemin et nommer les éléments d’architecture. Après ce plan et ce relevé photographique, nous construisons une maquette du quartier à partir de tous les travaux des élèves. On fabriquera peut-être une maquette de toute la ville si on peut y associer d’autres classes, d’autres écoles..."
Ahmed, huit
ans: "À l’école, on fabrique une cabane. Au
début, on a rigolé, on trouvait ça grave à
côté des jeux vidéo... Maintenant c’est trop
bien !" L’emploi-jeune qui aide l’instituteur : "Malaxer
l’argile, tailler le bois, découper du carton, passer une
couche de peinture, fixer des branches, assembler des planches,
utiliser des vieux vêtements pour construire une tente, c’est
amusant, et il faut une grande attention, beaucoup d’agilité,
de dextérité et surtout de la persévérance
! Souvent l’édifice chancelle et s’écroule, et il
faut tout recommencer… On se décourage, on est triste…
Alors je fais rigoler les enfants, et ça repart !"
Un parent d’élève sceptique : "Qu’est-ce qu’ils vont pas inventer, apprendre la ville ! Qu’ils sachent d’abord lire, écrire et compter, après on verra…" Un autre parent, militant associatif : "Il était temps d’enseigner la citoyenneté à nos enfants. Ces visites de la mairie, du palais de justice, du commissariat et aussi du grand ensemble en train d’être réhabilité sont d’excellentes initiatives. Connaître sa ville, c’est dispenser l’instruction civique d’une manière concrète. On a ainsi constaté qu’il n’y avait pas de conseil municipal des enfants, les élus vont s’en préoccuper…
" Sékou, dix ans : "Le jardin, c’est pas vraiment l’école. On apprend à reconnaître les plantes, les fleurs, les arbres, les fruits, les légumes. On plante, et quand on aura des fruits, on les mangera ! " Sa maîtresse : "Chaque élève donne ses préférences, ceux qui viennent d’un autre pays présentent des espèces inconnues ici, j’en profite pour glisser un cours de géographie... Et puis, il faut parler des outils, de l’arrosage, des graines et des cycles, du climat et des saisons, je suis emballée par cet enseignement. J’emmène ma classe aux ’jardins solidaires’ qui se trouvent dans la commune voisine, là on discute avec les jardiniers amateurs. La classe est jumelée — interconnectée — avec d’autres classes de France qui ont aussi adopté un jardin, on échange nos expériences. Du coup, chaque jour, nous faisons le point sur l’état du jardin.
" Un maître ravi : "Je ne savais pas par quel
bout la prendre, cette satanée ‘ville’, alors je suis allé
au CDI du collège d’à-côté et la
documentaliste a rassemblé, sur un présentoir, tous les
documents et ouvrages qui traitaient de la ville. Super... J’ai
feuilleté des dizaines de livres et pas mal photocopié,
et, surtout, j’ai emprunté un vieux livre à la
couverture fatiguée, La Poétique de l’espace, de
Gaston Bachelard. J’ai lu, çà et là, des
extraits et puis, tout à coup, j’ai été
vraiment chamboulé par la beauté des phrases. ‘N’habite
avec intensité que celui qui a su se blottir’: alors je me
suis tout naturellement recroquevillé, j’étais bien,
je me retrouvais dans mon enfance...
’Par la lumière de la
maison lointaine, la maison voit, veille, surveille, attend’: c’est
vrai qu’une maison palpite, vibre, accueille, mais pourquoi
avons-nous cet urbanisme rigide et ces architectures revêches ?
’À qui sait écouter la maison du passé,
n’est-elle pas une géométrie d’échos ?’:
oui, il faut entendre ce que les murs qui ont des oreilles nous
murmurent. "L’ombre aussi est une habitation": qui ne
recherche pas une halte aimable, un abri pour le repos? J’ai alors
compris à quel point les classes de ville et les classes
d’architecture pouvaient être une source."
Thierry Paquot in Revue Urbanisme N°327, 2002
28 mars 2007
Mythe incorporé
Hestia-Hermès. Sur l'expression religieuse
de l'espace et du mouvement chez les Grecs .
Jean-Pierre Vernant (1914-2007)
in L'Homme, revue française d'anthropologie,1963, Vol 3, pp. 12-50
Espace et mouvement
A propos d'Hestia et Hermes...
A 90 ans, Jean-Pierre Vernant ne désarme pas. Il montre ce que la vie doit à la mort...
...vous insistez sur deux oppositions, celle d'Achille (une vie brève et glorieuse) et d'Ulysse (la gloire après l'errance mais la vie longue au sein d'un foyer fidèle), et celle d'Hestia (déesse du foyer) et d'Hermès (dieu voyageur). Ne peut-on voir dans ces couples antagonistes le symbole des choix que nous devons faire aujourd'hui : la vie brève et glorieuse contre une existence morne mais longue ; le nomadisme contre la sédentarité?
J.-P.
V. Sans doute. Mais là vous traversez les frontières!
Ces analyses sont largement influencées par les travaux de mon
maître, Louis Gernet, qui montra que la valeur était
conçue d'une façon économiquement mesurable,
c'est-à-dire qu'un trépied, un bijou ou une étoffe
étaient des espèces de talismans qui circulaient entre
l'au-delà et l'ici-bas, et que, donc, on a affaire à
une mentalité où l'imaginaire est présent à
tous les niveaux. Or, je crois qu'avant tout cela les Grecs ont pensé
quelque chose d'inédit: l'espace et le mouvement. Et ils le
pensent de façon contradictoire.
L'espace, pour les Grecs,
doit être un lieu d'enracinement et de sécurité,
fermé et singularisé.
Hestia et Hermès sont deux
dieux très opposés mais toujours associés dans
les hymnes alors qu'ils ne sont même pas parents et que rien ne
vient justifier pareille association. Pourquoi? Les Grecs les
associaient pour dire l'opposition très nette entre les biens
accumulés dans la maison (sur lesquels veille Hestia,
protectrice des foyers) et les biens marchands, la valeur qui circule
(sur lesquels veille Hermès, patron des commerçants et
des voyageurs): Hestia repousse tous les mariages qui lui sont
proposés. Mais une part d'elle-même, je le montre,
appartient à Hermès.
D'une façon plus amusante, je m'interroge sur l'urbanisme de demain à partir d'Hestia et d'Hermès: déciderons-nous de privilégier un urbanisme où les gens auraient envie de rester confinés dans leur foyer ou bien de descendre dans les rues et d'investir les espaces publics?
in Lire, déc 2004 /
janv 2005
Jean-Pierre Vernant : le sens
de la vie
![]()
par
François Busnel
27 mars 2007
Architecture pessimiste

Container, coque en polyester armé de fibre de
verre (77 x 60 x 115 cm )
Corps en transit
Didier Fiuza Faustino, 2000
La pièce ressemble à première vue à un
prototype pour un nouvel objet à fabriquer en série.
Elle s'apparente à un projet industriel ordinaire, pleinement
réalisable. Et pourtant, à découvrir la fonction
de l'objet, ce réalisme devient effroyable.
La pièce est définie par son auteur comme
« container pour individus, permettant le transport sans
dommage de clandestins dans la soute d'un avion ou les cales d'un
bateau ». L'objet relève d'une architecture
prospective, mais aussi critique par rapport à la
société actuelle que Didier Fiuza Faustino décrit
comme une « hygienapolis » : un lieu où
« tout est lisse, tout est produit, tout est semblable.
L'imprévu est banni. La norme est reine , la perfection le
modèle. Tout doit fonctionner comme un moteur bien huilé ».
Dans la lignée de l'architecture utopiste, de Boullée
à Archigram, cette pièce relève d'un
univers de science-fiction, en exprimant toutefois une vision
pessimiste du présent et de l'avenir.
Diplômé
de l'école d'architecture de Paris-Villemin en 1995, Didier
Fiuza Faustino partage ses activités entre l'exercice de son
métier d'architecte et la conception de projets expérimentaux,
à la limite du design et des arts plastiques. Tout son travail
s'articule autour de la thématique du corps dans l'espace et
des expériences sensorielles qui peuvent être conduites
à la limite du supportable. Ce peut être un escalier à
vis en léger déséquilibre ou un habitat d'un
mètre carré.
A
partir de 2001, il exerce ses activités au sein d'une agence
qu'il crée avec Pascal Mazoyer, le « Bureau des
mésarchitectures ». Il participe à de nombreuses
expositions et événements internationaux, comme la
grande exposition d'architecture Expo 02,
en Suisse, pour laquelle il réalise un théâtre
flottant. En 2004, le Frac Centre d'Orléans lui a consacré
une exposition monographique. Actuellement,
il réalise une maison à La Roche-sur-Yon pour l'artiste
Fabrice Hybert.
Architecture expérimentale
ANTICORPS Bureau des mésarchitectures
Didier Fiuza Faustino
Editions-hyx, 2004
Entre
le Portugal d’où il est originaire et la France, Didier
Fiuza Faustino (1968) réalise des performances, des
installations, des vidéos, des commandes dans l’espace
public, tout en menant une activité d’architecte. Lauréat
des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes en 2002 (avec le Bureau
des Mésarchitectures fondé en 2001 avec Pascal
Mazoyer), exposé à plusieurs reprises à la
Biennale d’architecture de Venise, Faustino interroge le corps dans
sa dimension perceptive, sociale, politique, le plongeant dans un
état d’instabilité. Sa démarche délibérément
transversale explore les interstices entre espace privé et
public, espace politique et architectural. Si certains de ses projets
relèvent de l’expérimentation pure, d’autres sont
en cours de réalisation, ainsi une maison pour un artiste.
Cette publication réunit des projets expérimentaux autour d’une fiction urbaine, Hygienapolis, concentré d’utopies et de réalités, qui interroge l’identité de l’architecture, et la place de l’individu dans son interlocution avec l’espace collectif. Les dessins épurés, détournés de leur destination fonctionnelle, nous renvoient à un « dessein technologique » qui tourne à vide, dans un espace Potemkine, échafaudage de fausses apparences et de réalités médiatisées.
Animalités, illégalités
Didier Fiuza Faustino, Eza production, 2006
Présentation des résultats du workshop du Printemps 2006, dirigé par cet architecte pour contribuer à une réflexion sur le corps dans sa relation à l'espace, comme source d'inspiration pour une architecture expérimentale.


