04 avril 2007
Paris vernaculaire

Une photographie d'Eugène Atget, "Marchand d'herbes, place Saint-Médard" (1898).
Des formes vernaculaires du vieux Paris
En intégrant dans son grand catalogue des formes vernaculaires du vieux Paris ainsi que des objets usuels condamnés à disparaître, le photographe dresse des typologies qu'il réunit dans des albums. Après un premier essai avec L'Art dans le vieux Paris, six autres albums seront assemblés : Intérieurs parisiens ; La Voiture à Paris ; Métiers, boutiques et étalages de Paris ; Enseignes et vieilles boutiques de Paris ; Zoniers ; Fortifications de Paris. Par la constitution d'une typologie précise, l'album des voitures permet de comprendre à quel point Atget est préoccupé par deux phénomènes : la disparition et la perte de la valeur d'usage. Condamnés par les nouveaux transports parisiens, les véhicules à traction animale trouvent dans l'album un nouveau statut d'objet d'histoire.
Dans les deux albums sur le commerce à Paris, Atget nous propose un ordre, une typologie dans l'agencement et la décoration des vieilles boutiques et des étalages.
D'un point de vue plus topographique, l'album des fortifications offre des aperçus de l'ouvrage militaire, mais envahi par une nature en friche. Le retour à l'état sauvage de ces aménagements stratégiques indique leur abandon et, conséquence logique, leur disparition prochaine. Associé à cette entité géographique, le "reportage" sur les zoniers, c'est-à-dire les chiffonniers vivant dans la zone, autour des fortifications, dans une sorte de no man's land , marque dans l'œuvre d'Atget un retour de la figure humaine. Pris dans un environnement menacé par les transformations urbaines, ces habitants de la marge apparaissent comme les derniers survivants d'un monde révolu.
Quinze ans avant l'album des zoniers, Atget avait consacré une partie de son travail à la représentation des petits métiers des rues. Là encore, suivant les codes d'une tradition bien établie, celle des cris de Paris, gravés par les plus grands noms depuis le XVIIe siècle, le photographe prend un soin particulier à consigner par l'image une réalité et un type de société condamnés. Cette suite d'images inaugure une des séries que le photographe va prolonger tout au long de sa carrière : Paris pittoresque. Celle-ci regroupe l'ensemble des photographies ayant pour sujet l'activité de la rue et les scènes de la vie quotidienne, des badauds dans le jardin du Luxembourg jusqu'aux prostituées faisant le quart dans les rues du 19e arrondissement de Paris. Enfin, les quelques photographies de vitrines de grands magasins, seuls exemples de représentation de la ville moderne, clôturent la série. C'est aussi en partie par ces images qu'Atget va connaître une postérité a priori inespérée.
Atget, regards sur la ville
Bibliothèque nationale de France
Du 27 mars au 1er juillet 2007
Site Richelieu, Galerie de photographie
M° Palais-Royal
01-53-79-59-59
