Un nouveau regard sur les tours


Dossier réalisé par Christian GOUYON, Direction Générale de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction


Le rapport au territoire, le rapport au sol


La tour isolée est un signal, elle marque le grand territoire, le paysage urbain, en créant des polarités, en orientant le paysage. Aussi, en tant qu'élément du paysage urbain, elle pose la question de la régulation collective : force est de constater la pauvreté, en France, des dispositifs de gestion et de régulation du grand paysage urbain : la planification à la française ignore quelque peu la troisième dimension, elle ignore la force des paysages, le rapport au territoire.


Cette dimension reste en fait à inventer. Le rapport au paysage, c'est ce qui caractérise les fronts urbains de tours : fronts de mer, fronts de fleuve : comme les Moai de l'île de Pâques, ces monolithes ont des yeux qui regardent loin derrière la barrière de l'horizon, mais ces fronts urbains forment aussi parfois un écran entre la ville historique et l'élément naturel. Ils se présentent aussi, parfois comme des stigmates du monde moderne, des marques vulgaires portées par les excès de l'économie immobilière, ou de l'économie du tourisme : la riviera espagnole est un peu l'antithèse de Rio de Janeiro.


Le rapport au sol est une question intéressante : elle permet de distinguer plusieurs catégories, plusieurs modes de relation. Manhattan, Hong Kong sont des villes solidement ancrées dans le sol : on circule les pieds bien à plat sur le sol naturel. Le quadrillage des voies conforte cette impression. La sente traversière qu'est l'avenue de Broadway est la trace d'anciens passages. Central Parc est une composante essentielle de la composition urbaine.


L'urbanisme sur dalle a fait pousser des tours hors sol : le paradigme de la Défense est la conjonction d'un urbanisme vertical, d'un urbanisme sur dalle - vestige de l'époque des grands ensembles -, et d'un gigantesque échangeur routier et ferroviaire, l'urbanisme d'échangeur. Cette force du concept (urbaniser un échangeur) est aussi sa plus grande faiblesse : l'urbanisme de dalle est désormais un handicap : il déshumanise le site. Le sol, la dalle, reste à aborder la question de l'urbanisme souterrain : ce qui est en dessous est-il du domaine du viscéral, de la tripaille ? C'est- à dire dominé par la fonction de transports et de déplacements (parkings, circulation, gares) ? Ou bien verra-ton émerger un véritable urbanisme souterrain ?


A la Défense, les espaces partagés sont distribués assez confusément : l'esplanade est une sorte de non-lieu, un lieu peu habité. Observez comme on y est pressé de se mettre en mouvement. On pénètre ensuite dans des centres commerciaux, résolument fermés sur eux-mêmes. En sous-sol, la confusion des espaces est encore plus grande : circulations, gares, galeries marchandes s'amalgament avec médiocrité. Bref, sur le site de la Défense, pour dépasser l'opposition sol/hors sol, il faudra re-penser, voire même penser l'urbanisme souterrain, rouvrir la dalle, éclairer ces cathédrales souterraines, leur redonner un statut clair d'espace public, de la clarté.


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