L’architecture tourne le dos à la ville
Par Rem Koolhaas, architecte et urbaniste


FUCK THE CONTEXT !!!


En partenariat avec France culture, un entretien du magazine Books avec Rem Koolhaas


ad47cab44ac1bf2908b49183df778890L’aspiration au gigantisme des grandes métropoles mondiales accouche d’une ville générique, sans identité, sans passé, sans rues, dédiée au seul shopping. Ce junkspace, espace-rebut déculturé, est l’expression d’un fascisme sans dictateur. Il signe l’acte de décès de l’art architectural.


Vous êtes écrivain, sociologue, philosophe, mais c’est comme architecte que vous êtes surtout connu. Alors pourquoi accablez-vous la profession de vos sarcasmes ?


Prise au sens strict, l’architecture elle-même est un métier très technique, fait à 50 % d’art et à 50 % d’ingénierie. À ceci près qu’en France c’est – ou plutôt c’était – du 80/20 ! Avec pour résultat la starisation de l’architecte, qui est une absurdité. Mais je crois aussi que l’architecture souffre globalement d’un manque de réflexion théorique, d’interrogation sur elle-même… Il faut à présent penser l’architecture d’après l’architecture – ce que j’appelle l’ère de la postarchitecture . Autrefois, quand les architectes ont commencé de dessiner des bâtiments en utilisant la ligne droite et l’angle droit, ce fut un sujet de polémique ; aujourd’hui l’angle droit est devenu un angle comme tous les autres. Tellement de choses ont changé au XXe siècle, à commencer par la dimension des bâtiments ! .../


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logo_FC_8A ECOUTER SUR FRANCE CULTURE l REM KOOLHASS : LA VILLE MALADE DE L'ARCHITECTURE ? l AVEC THIERRY PAQUOT, ALAIN BUBLEX ET PHILIPPE TRETIACK A PROPOS DE CET ENTRETIEN DE REM KOOLHASS l LA GRANDE TABLE l EMISSION DU 03/01/13. 


Thierry Paquot : « Khoolaas vient du cinéma, et c’est important pour comprendre son côté communicant. En France, c’est la coqueluche des écoles d’architecture, car il a fabriqué un personnage un peu cynique capable de dire une chose et son contraire. Il pointe quelque chose de juste, comme l’idée de ville générique. Ce qui me réjouit dans cet entretien, c’est qu’il s’en prend à des choses que David Harvey, Mike Davis ou Saskia Sassen dénoncent depuis des décennies, mais on ne les écoute pas car ce ne sont pas des star architectes. Koolhaas cite des philosophes qui n’ont pas pensé l’urbanisation. Koolhaas et beaucoup d’architectes considèrent que c’est leur architecture qui fait le lieu, et non l’inverse. Sa manière de penser de Koolhaas ne va pas au bout du raisonnement. Il critique un certain nombre de choses, mais il ne va pas assez loin dans la critique. Il critique l’absence de politique, mais il n’en dit pas plus, par exemple. Il en va de même du BTP qui est chez lui un sujet tabou. C’est un architecte qui réinterprète sa pensée et la situe dans quelque chose de neuf. Le meilleur scénario qu’on puisse imaginer, c’est qu’il prenne en compte la dimension environnementale, ou encore qu’il parle de la place de l’habitant dans la cité. Il ne s’en tient pas à des constats, il en mène aussi. A mon sens, il ne va pas assez loin dans la critique, et il collabore trop avec un système planétaire désolant. »..../"