A propos de l'auteur Depuismacabane

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Quelques mots sur moi

"De même mes pensées acquises ne sont pas un acquis absolu, elles se nourrissent à chaque moment de ma pensée présente, elles m'offrent un sens, mais je leur rends. En fait notre acquis disponible exprime à chaque moment l'énergie de notre conscience présente... » M.M.Ponty, Phénoménologie de la perception, Ed Gallimard, 1945. p 163.
J'ai un parcours atypique, enrichie d'expériences différentes de l'urbain : bureaux d'études et de conseils, ingénierie de formation, engagement citoyen. Issue de la sociologie urbaine, formée à l'urbanisme et à l'ingénierie de formation, à la créativité et résolution de problème, sensibilisée à la philosophie urbaine et à la philosophie du corps.
Consultante sur des dossiers thématiques sensibles, en formation à la politique de la ville auprès d'institutionnels, en organisation et animation d'évènements, en politique locale par une activité citoyenne soutenue, ont consolidés des parcours qui m'impose une lecture plurielle et complémentaire de la ville.
Je déplore que le projet de Hautes études Urbaines prévue au Fort St-Jean à Lyon en 1992, n'ait pas pu voir le jour pour des raisons politiques, le volet formation continue à l'urbain était tout à fait fondamental pour le devenir de la morphologie urbaine et de ses usages. Ainsi contenus, ces savoirs auraient échappés à la sphère des réseaux où elles se cantonnent désormais.
Cet espace/blog fonctionne comme, outil d'aide à la réflexion, espace d'auto-formation et de partage. L'investigation, l'exploration, la mise en perspective, la diffusion, constituent les bases de mon travail où les problématiques se croisent et s'entrechoquent pour révéler un certain état des savoirs et des perceptions de l'urbain.
Mon regard se situe à l'interface de celui des artistes, chercheurs et praticiens de l'urbain. Le regard sensible des artistes est vécu comme autant de perceptions multiples ; l'apport des chercheurs mobilise les savoirs ; l'approche des praticiens est riche d'expériences.
Les concepts actuels véhiculés dans les médias relèvent plus de la sphère privé que de la sphère publique où la question de l'être, du rapport à soi, pas trop aux autres, occultent la question politique et celle de la décision. Hors, chaque société dispose d'un certain ordre politique imposé ou soutenu par la classe dominante, il est de meilleur ton de s'occuper de son corps chez soi que de la place qu'il doit occuper dans la société, mais de quel corps on parle ?
La ville vue à travers le corps, c'est tout un champ nouveau que j'ai découvert, cela m'a incité à chercher et à élargir la perception et la lecture que j'ai de l'urbain. L'homme et l'espace se touchent, se répondent constamment (Hélène Bouchain, habiter son corps), La notion d'échelle, les postures et le rapport au corps doivent être une préoccupation constante dans l'art d'aménager nos villes.
Ménager ce qui nous est donnée à voir et à vivre. Préserver, entretenir, et accompagner les lieux à vivre. Considérer la logique foncière et immobilière, comme un avatar pour mieux s'en préserver. Dégradation, dépérissement, achèvement, destruction, reconstruction sont des maux vains. Ayons le souci de «panser« le corps de la ville par des greffes salvatrices, incorporer au tissu existant la modernité qui s'impose. Hybrider l'espace, c'est l'envisager dans sa pluralité, sa diversité et son historicité, c'est assurer sa continuité et son devenir, c'est considérer le mélange des genres comme source de créativité.
Quel devenir pour nous vivants au sein des villes ? Quelle est la place du corps dans la ville? Peut-on encore défendre l'expérience corporelle urbaine ? Peut-on encore parler d'espace urbain « genré » ? Ramené au « territoire du moi » (Goffman) : en quoi les espaces dans lesquels nous nous tenons, affectent ce que nous sommes. A l'ère du métissage et des nouvelles technologies, nous devons envisager des devenirs hybrides pour nos villes. Habiter nos corps pour habiter nos villes ensemble.
Ce blog est une toile sur laquelle les concepts, les couleurs, les signes s'impriment chaque jour comme autant de perceptions, de sensibilités, de réalités saisies dans ces flux liquides. Le lecteur ainsi amené à découvrir, approfondit et s'approprie.
Outil d'aide à la réflexion, il s'inscrit dans une démarche heuristique : expérimenter les savoirs et les appréhender comme autant de réceptacles de la société. Je le conçois comme une approche artistique qui me permet d'appréhender le monde avec moins d'acuité, ces explorations sont autant de regards et de soupirs partagés face à un monde pas tout à fait là et pourtant bien présent.
La volonté pédagogique de sensibilisation et de diffusion reste une préoccupation constante. « Rendre compte du réel » Françoise Héritier, anthropologue ; soutenir une démarche empirique d'enquête : entretiens compréhensifs, observation participante, immersion, comme des outils indispensables à la lecture et à la compréhension de la question urbaine. Mener une réflexion qui se déploie dans un va-et-vient constant entre vécu et pensée, dans le souci de saisir la réalité et de la transmettre. Se confronter à la réalité en toute subjectivité, sentir les transformations s'opérer, envisager un territoire en constant devenir.
Explorer la ville et ses discours, c'est constater que le monde est bien là, dans ses constructions, dé-constructions et métamorphoses et que tout cela opère une réelle influence sur le corps à être et à (a)voir et que l'écart entre les deux se creusant, par toutes les formes du paraitre et de l'avoir qu'il nous imposent, pour nous ramener à la civilisation marchande jamais rassasiée. Mais l'ordinaire et l'essentiel nous ramène à la vie et le corps propre réclame une existence à travers des pratiques corporelles de détente en constante progression.
Alors, soyons le changement que l'on veut voir dans le monde, provoquons-le, construisons-le, un monde où la dimension sensible prend toute la place, celle de l'humain.
L'approche par corps offre une dimension de lecture de la modernité urbaine plurielle, elle ramène à l'homme, elle nous conduit dans une sphère organique, où les éléments intimement liés entre eux fonctionnent en rhizomes, se démultipliant en interaction constante. Chaque sphère est une bulle vivante, qui vu de l'extérieur a l'air de fonctionner sur elle-même. Hors l'interface est toujours là, pour nous rappeler que vouloir un tel fonctionnement est un leurre puisque le processus d'interaction fonctionne au-delà des frontières et des murs. L'étanchéité est loin d'être absolu, le rêve d'enclaver les villes pour mieux les protéger est un illusion, qu'il va falloir vite lâché au profit de la diversité et de l'hybridité.
Comment concilier la ville « passante » (Mangin) et la ville sécuritaire ? Tandis que le Grand Pari(s) nous rappelle les vertus de la « ville poreuse » (Secchi & Vegano), les politiques sécuritaires ne cessent de croitre avec la multiplication des systèmes de vidéosurveillance. Tandis qu’elle se veut « marchable », elle se ferme, s’enclave derrière des grilles, des digicodes, alors que les opérations immobilières, pour « sécuriser » les abords, rognent les traverses piétonnes historiques. Elle s’organise « évènementielle » pour apaiser les foules en mal de contact et de spectacle, populisme fatale, qui nous laisse des parvis minéralisés vidéosurveillées, véritables « glacis » (Landauer) déprimant pour le quotidien des pauses ensoleillées.
Alors qu’il s’agit de « mailler » la ville, elle se « détricote » par manque de soins, de veille et de ménagements par la fabrication à distance en 3D sur nos ordinateurs, loin du bitume, sans éprouver dans sa chair les réalités de terrain. Tandis que les aménagements « anti-voiture» ne facilitent pas les trajets « pro-piéton », elle se voudrait « ludique » pour convaincre les passants d’augmenter leur temps de parcours (Winkin).
L’ère de l’arrogance immobilière semble révolue avec la crise à Dubaï et ailleurs, l’heure est à la modestie salutaire du « corps en acte » (Andrieu, Berthoz) dans un « monde corporel » (Andrieu). Du discours à la réalité, en passant par les pratiques et les usages, la ville « intermédiaire » du XXIème siècle, va colmater les brèches de la ville « étalée » par l’art et l’agriculture. Tandis que l’« intelligence citoyenne » s’empare de la ville « perçue, vécue et conçue » pour construire les civilités de demain « géolocalisées », la métropole devenue responsable, va se « maitriser et se structurer ».
Si c’est pour plus d’urbanité, alors c’est à voir…
Nicole Guichard-Webmestre leblogdelaville
Texte modifié le 30 janvier 2010
Photo-Jean-Christophe Bacconnier, chorégraphe : ce cliché illustre la problématique du corps pris dans un environnement pneumatique entre contrainte et recherche de confort (cf la posture).