Rêverie futuriste
Renaissance
Film d’animation de Christian Volckman,France, 2006. Animation :
Marc Miance. Scénario : Alexandre de La Patellière et Matthieu
Delaporte. 105 mn. NB.
2054 : Paris est devenu un dédale vertigineux de structures métalliques
et d’immeubles néohaussmanniens démesurés, un lacis de passerelles, de
rampes d’accès et d’excroissances urbaines bizarres. Renaissance, film
d’animation étonnant, joue magistralement avec une certaine décrépitude
rétro-futuriste – on pense au Paris de Bilal et de sa Foire aux
immortels, ou encore au Los Angeles de Blade Runner. La ville, ici, est
le personnage principal, le creuset de toutes les inventions. Ce dessin animé pour adultes, atypique dans le paysage de
l’animation française, est aussi une prouesse technologique. Fondus
dans un somptueux noir et blanc, 3D et dessin traditionnel se mêlent :
étrange effet de réalité produit par la technique de motion capture , qui enregistre et reproduit les mouvements de vrais comédiens. Dans
cet univers en clair-obscur, qui rappelle aussi le trait et l’ambiance
des BD de Frank Miller (Sin City), un flic viril, opiniâtre et bourru,
bref l’habituel héros de polar, recherche une jeune scientifique
surdouée. Sur fond de problèmes bioéthiques, le récit décline des
archétypes : le desperado seul contre tous, la vamp mystérieuse, le
consortium omnipotent et ses secrets… C’est sans doute le point faible
du film. Linéaire et sans surprise, cette histoire n’est pas vraiment à
la mesure de la créativité déployée dans les images. Qu’importe : dans
sa miroitante beauté, dans la poésie trouble de chacun de ses plans,
Renaissance ouvre sur d’autres mystères. Cécile Mury in Télérama N°2995